Bus et cars chinois : quelle part de marché en France ?

Article publié sur transbus.org le par Olivier Meyer

Autocar électrique Yutong de 2018 à Paris : un modèle fabriqué en Chine
Autocar électrique Yutong de 2018 à Paris : un modèle fabriqué en Chine
BYD

Il y a 16 ans, le premier autocar importé de Chine était immatriculé en France : un modèle King Long à moteur diesel de 9 mètres de long appelé XMQ 6900 et renommé Fortem par son distributeur français, la société vendéenne Hervouet Corporate Industry (HCI). Depuis, les modèles proposés ont considérablement évolué aussi bien au niveau de la qualité que des motorisations proposées. Certains constructeurs chinois ont créé leurs propres filiales pour distribuer eux-mêmes les véhicules, d'autres ont des accords avec des revendeurs français.

Leur stratégie commerciale en France est différente des constructeurs européens. Les industriels chinois n'étaient pas présents aux deux derniers salons professionnels (Autocar Expo Lyon 2024 et les Journées AGIR 2025 à Reims). En revanche, leur présence a été remarquée au salon UITP Summit 2025 à Hambourg (Allemagne). Plusieurs d'entre-eux vont participer en octobre prochain au salon Busworld Europe à Bruxelles.

Les importations de bus et cars chinois connaissent en France une évolution très variable d'une année à l'autre.

Le retour de King Long

HCI a importé en France les autocars King Long durant 6 ans. Au total, plus de 260 autocars King Long neufs ont été immatriculés jusqu'en 2015. Le constructeur King Long est de retour sur le marché français en 2025 avec un nouveau distributeur. Trois modèles d'autocars King Long sont distribués par Omnicar en France depuis cette année.

Higer Bus, une stratégie à plusieurs facettes

En 2010, le constructeur européen Scania débute une coopération avec l'industriel chinois Higer Bus. L'entreprise va réaliser la carrosserie de châssis d'autocars Scania. Trois modèles sont commercialisés : un autocar diesel scolaire (le modèle A30), un autocar de tourisme (modèle Touring) et un autocar interurbain au gaz naturel, le Fencer 6 CNG. Le premier aura un succès limité, avec seulement un peu plus de 160 exemplaires en 9 ans. Le second vient de passer le cap des 250 exemplaires. Le troisième est arrivé en 2022.

La société Atlantic Autocars est devenue cette année distributeur des autocars électriques Higer. Un autocar de 13 mètres de long avec 63 places assises sera commercialisé en France.

Yutong, leader du marché

En 2012, le négociant français Dietrich Carebus se lance dans l'importation de véhicules de transport en commun de personnes de la marque Yutong. Durant 8 ans, près de 630 bus et cars auront été livrés en France dont les premiers modèles électriques à batteries.

Depuis, le constructeur Yutong a créé sa propre filiale en France et a importé plus de 130 autocars, principalement des cars électriques Yutong ICe 12. Ces derniers mois, plusieurs nouveaux modèles Yutong sont arrivés en France. Il s'agit d'autobus électriques : le minibus E7S et le midibus E9. Le constructeur va également livrer en France plusieurs exemplaires de son nouveau modèle d'autocar électrique à batteries IC12E.

Ankai se positionne sur un marché de niche

En 2014, les véhicules du constructeur chinois Ankai arrivent en France. Il s'agit d'autobus diesel à impériale. À partir de 2017, les véhicules livrés sont électriques. La société Les Cars Rouges est l'unique exploitant des autobus Ankai sur ce segment de marché très spécifique, avec désormais 25 bus en circulation aux couleurs de Big Bus Paris.

BYD modifie sa stratégie

En 2018, le constructeur de bus et cars électriques BYD arrive en France avec sa propre filiale : BYD France. L'ambition est grande, un site ouvre dans l'Oise pour produire à terme des véhicules. Quatre ans plus tard seulement une vingtaine de véhicules ont été immatriculés. Le site de Beauvais est fermé. La société se recentre sur les véhicules légers électriques et hybrides. Néanmoins BYD reste présent en Europe avec une usine en Hongrie. BYD commercialise aussi ses châssis à des carrossiers européens comme Castrosua ou UNVI. En 2024, UNVI a produit une série de 16 autocars électriques à étage pour Keolis Alpes Maritimes.

Zhongtong Bus arrive en Europe

Un modèle du constructeur Zhongtong Bus est désormais disponible depuis peu en France. Il s'agit d'un minibus électrique importé en Europe par la société Altas Auto (Lituanie) et distribué en France par BG Motor Group. L'Altas Novus City V7 avait été présenté au salon Busworld 2023. Fin 2023, le constructeur chinois a ouvert une filiale en Allemagne, Zhongtong Bus Europe GmbH.

En plus des véhicules des constructeurs cités ci-dessus, d'autres bus et cars assemblés en Chine circulent en France. Il s'agit des autobus électriques Ebusco en cours de livraison à Rouen qui sont partiellement produits en Chine, mais aussi d'un autobus électrique CRRC équipé d'un système de conduite autonome testé par la RATP, d'un midibus CRRC circulant sur une ligne du réseau GPSO en Île-de-France ou bien encore du minibus électrique W-Smile produit en Chine par Wisdom Motor et commercialisé par Omnicar.

Cap sur le Busworld Europe

Dans deux mois, le salon Busworld Europe à Bruxelles sera l'occasion de voir les dernières évolutions des véhicules proposés par les constructeurs et notamment par les industriels chinois.

Les progrès des batteries permettent désormais de proposer des véhicules avec une grande autonomie. Au fil des ans, la qualité des bus et cars chinois progresse. Les capacités industrielles de ces constructeurs sont très importantes et les gammes de modèles proposés s'élargissent, aussi bien pour les bus (du minibus jusqu'au bus articulé) que pour les autocars (interurbain et tourisme).

Le cap des 1 000 véhicules dépassé

Les importations en France de bus et cars chinois varient de quelques dizaines à un peu moins de 150 exemplaires par an. Désormais plus de 1 000 bus et cars produits en Chine ont été immatriculés en France, un chiffre auquel il faut ajouter près de 500 autocars assemblés en Chine sur un châssis Scania. Au total, sur les dix dernières années, la part de marché des constructeurs chinois est de moins de 2 % en France.

À noter que les acheteurs de ces véhicules chinois sont quasi exclusivement des transporteurs privés. En quinze ans, les collectivités locales ont acheté seulement une quarantaine de véhicules fabriqués en Chine (hors modèles commercialisés par Scania).

La part de marché des constructeurs chinois reste donc à ce jour très marginale en France, mais leur grande capacité de production de véhicules électriques pourrait avoir des conséquences sur l'industrie européenne.

Pour promouvoir leurs véhicules, les constructeurs chinois ont tous des sites internet disponibles en plusieurs langues. La version en français est parfois une simple traduction automatique depuis l'anglais, ce qui peut donner des résultats surprenants. Sur le site internet d'un constructeur, il est ainsi possible de lire le mot « Entraîneur » dans la liste des types de véhicules, traduction totalement hors contexte du mot anglais « coach » à la place de « autocar ».

Dans le transport urbain, les gammes proposées par les constructeurs chinois étaient jusque-là peu adaptées à la demande du marché hexagonal (pas de bus au gaz par exemple). Mais désormais, la demande de bus électriques à batteries augmente ; les bus chinois pourraient trouver une place dans les parcs français. Toutefois, l'accès au marché français va nécessiter pour ces constructeurs de renforcer les partenariats ou bien d'effectuer des investissements supplémentaires afin de développer le service après-vente et la distribution de pièces détachées.

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