Rétrofit d'autobus et d'autocars : quelles offres ?

Pour accélérer la transition énergétique, la transformation de bus et cars à motorisation diesel vers des motorisations alternatives est une solution proposée par les professionnels de la filière du rétrofit.

Cette possibilité de retrofit a été introduite par l'Arrêté du 13 mars 2020 relatif aux conditions de transformation des véhicules à motorisation thermique en motorisation électrique à batterie ou à pile à combustible. Les bus et cars rétrofités doivent avoir au moins 5 ans.

Les conversions proposées sont les suivantes :

  • vers l'électricité avec des batteries
  • vers l'hydrogène avec une pile à combustible et des batteries
  • vers le gaz naturel (hors arrêté)

Plusieurs projets de rétrofit d'autobus et d'autocars diesel sont en cours en France. Ils ont généralement été initiés par des collectivités ou par des transporteurs pour le compte des collectivités. Toutefois, à ce jour, aucun véhicule de transport en commun de personnes rétrofité n'a été homologué.

Ce dossier fait le point sur la situation du rétrofit en France sur le segment des bus et cars.

Avantages

L'intérêt du rétrofit peut être économique, le coût global de possession (TCO) serait inférieur à celui d'un véhicule neuf, mais aussi écologique en prolongeant la durée d'exploitation des véhicules, évitant ainsi de devoir produire de nouveaux véhicules, et en permettant à ces véhicules de circuler dans les ZFE-m. La réutilisation d'un maximum de composants permet de limiter les coûts. Les autobus ont souvent de nombreux systèmes embarqués installés à bord (SAEIV, girouettes, billettique...), ce matériel est conservé et ne nécessite pas d'être réinstallé.

Principe

Le déroulé d'une transformation est le suivant : dépose du groupe motopropulseur, installation du nouveau moteur et des réservoirs, intégration des systèmes de gestion de l'énergie, et remplacement ou adaptation de certains composants (compresseur, chauffage / climatisation…).

Une fois transformé, le premier véhicule (prototype) doit être homologué par le Centre national de réceptions des véhicules et l'UTAC pour être autorisé à transporter à nouveau des passagers.

Une plaque de transformation est ajoutée à proximité de la plaque du constructeur. Le véhicule peut ensuite circuler à nouveau et bénéficier d'une vignette Crit'Air plus avantageuse.

Transformations vers l'électricité

Retrofleet : du diesel vers l'électricité

En novembre 2021, au salon Solutrans à Lyon, la société Retrofleet présente sa solution de conversion à la propulsion électrique pour autocars de type Iveco Crossway. L'entreprise s'est associée au constructeur Iveco Bus et à un industriel du secteur : Besset. L'autonomie espérée est de 120 kilomètres avec 192 kWh de batteries, ce qui pourrait convenir à certains circuits de transport scolaire. L'entreprise fabrique ses propres packs de batteries (LFP). Le moteur électrique est un Dana TM4.

Retrofleet
Autocar Iveco Crossway : transformé par Retrofleet en autocar électrique (octobre 2022)

Cette transformation pourrait être financée par NEoT Capital avec sa plateforme NEoT Green Mobility.

Cet autocar de 2015 est issu du parc de Transdev Touraine. Une fois homologué, il devrait circuler en Touraine sur un service scolaire du réseau régional Rémi de la région Centre-Val de Loire.

Greenmot : du diesel vers l'électricité

La société Greenmot est située à Villefranche-sur-Saône (Rhône). Greenmot a annoncé en août 2022 travailler depuis quelques mois au rétrofit électrique de l'Irisbus Crossway (Euro 4).

Greenmot
Autocar Irisbus Récréo : transformé en autocar électrique

Avec 230 kWh de batteries Forsee Power et un moteur électrique Siemens, l'autonomie de cet autocar est d'environ 150 kilomètres. Les batteries ont été installées dans le compartiment moteur. La gestion thermique est située en toiture, une pompe à chaleur vient remplacer la climatisation.

Greenmot va produire les kits de rétrofit. Leur installation devrait être confiée à des partenaires implantés à proximité des clients. Les temps de transport seront ainsi limités.

Dans le cadre du projet Green-eBus de la société GreenMot, un démonstrateur doit être mis au point à partir d'un autobus Iveco Urbanway de 2016 du Sytral (Lyon). La société développe un kit qui pourrait ensuite être installé sur d'autres autobus du même type. Les batteries seront installées à l'arrière, l'autonomie envisagée est de 200 km entre deux recharges.

REV Mobilities / pepper motion GmbH : du diesel vers l'électricité

En mars 2022, la société française REV Mobilities a annoncé un partenariat avec l'entreprise allemande pepper motion GmbH pour commercialiser des kits de retrofit pour autobus diesel Mercedes-Benz Citaro (C1, type 045 à 3 portes). Le développement se poursuit sur d'autres modèles : Citaro C1 type 083 (2 portes), Citaro C2 (2 portes) et Iveco Crossway LE.

Mercedes Citaro - pepper motion GmbH
Mercedes Citaro diesel transformé en bus électrique (juin 2022)

En septembre 2022, pepper motion GmbH et Škoda Group ont signé un partenariat pour convertir des bus diesel en bus électriques, mais aussi pour intégrer des batteries de nouvelle technologie sur des trolleybus. En octobre 2022, le Crédit Mutuel Arkéa est entré au capital du groupe français REV Mobilities.

Transformations vers l'hydrogène

Safra : du diesel vers l'hydrogène

La société Safra développe kit H2-Pack permettant de transformer les autocars Mercedes-Benz Intouro diesel en autocars à hydrogène. Le kit comprend un moteur électrique Dana TM4 de 350 kW, une batterie Microvast MNC de 71 kWh, une pile à combustible (70 kW) et des réservoirs d'hydrogène fournis par Plastic Omnium. L'autonomie pourrait atteindre 500 kilomètres entre deux pleins d'hydrogène (35 kg à 350 bar). Les réservoirs sont positionnés à l'arrière de l'autocar. Safra propose, en option, une installation sur le pavillon.

15 autocars diesel Mercedes Intouro âgés de 7 à 8 ans, appartenant à la région Occitanie, devraient être transformés en autocars à hydrogène d'ici 2023.

Safra propose deux versions de son kit : une avec les bouteilles d'hydrogène en toiture et une avec les bouteilles dans les soutes. La première version nécessite la neutralisation de 9 places assises à l'arrière de l'autocar pour positionner les bouteilles d'hydrogène comprimé.

L'homologation de ce véhicule est prévue pour mi-2023.

Région Normandie / Transdev / IBF H2 : du diesel vers l'hydrogène

En Normandie, la région et Transdev ont lancé en juin 2021 le projet Nomad Car Hydrogène (NCH2) pour convertir un autocar Irisbus Crossway (Euro 5) de 2011 en autocar fonctionnant à l'hydrogène. La transformation est effectuée par la société IBF H2 (Somme). Le kit de rétrofit a été produit aux normes européennes en Asie. Il comprend un moteur électrique Siemens, une pile à combustible Ballard, des réservoirs à hydrogène Plastic Omnium et des batteries CATL.

Le véhicule a été présenté en juin 2022. Les bouteilles d'hydrogène sont positionnées sur le pavillon.

La procédure d'homologation a débuté en septembre 2022.

Cet autocar devrait circuler sur une ligne régulière entre Rouen et Evreux.

Greenmot : du diesel vers l'hydrogène

En novembre 2021, Greenmot a annoncé le développement d'un kit de rétrofit hydrogène pour un car interurbain offrant de 300 à 500 kilomètres d'autonomie. La société prévoit de commercialiser ce kit à partir de 2024.

GCK : du diesel vers l'hydrogène

Green Corp Konnection (GCK) a ouvert au printemps 2022 un site de production industrielle de 2 500 m² à Lempdes, en périphérie de Clermont-Ferrand. Cette usine regroupe les activités de GCK Battery et de GCK Mobility.

En février 2022, le transporteur Ginhoux a confié à GCK Mobility la transformation d'un autocar diesel Iveco Crossway (blanc) en autocar à hydrogène. Le moteur thermique et son réservoir de gazole seront remplacés par un moteur électrique de 295kW alimenté par une pile à combustible d'une puissance maxi de 150kW. Une batterie sert à stocker de manière temporaire l'énergie. Ces autocars sont équipés d'une pile à combustible Symbio de 75 kW couplée à deux StackPack. Le véhicule devrait pouvoir parcourir 500 km avec 50 kg d'hydrogène comprimé à 700 bars.

Iveco Crossway rétrofit GCK
Autocar Iveco Crossway de 2014 rétrofité à l'hydrogène (octobre 2022)

Ce véhicule a été présenté en octobre 2022 à Autocar Expo. Il doit être mis en service en septembre 2023. D'autres autocars rétrofités sont ensuite prévus à partir de janvier 2024. Ces autocars seront ravitaillés en hydrogène dans les stations prévues en Ardèche.

GCK Mobility transforme aussi un Crossway LE (rouge, ex-liO) et un autre Crossway 13 (de 2015, ex-Cartreize).

En janvier 2022, la société Resalp a commandé 3 bus rétrofités à hydrogène pour la station de L'Alpe d'Huez. Le prototype devrait être finalisé fin 2022. Il sera équipé d'une pile à combustible de 55 kW couplée à une batterie de 15 kWh. Les 3 bus devraient être mis en service début 2024.

Transformations vers le gaz naturel

Technologie éprouvée depuis plus de 20 ans le domaine des transports publics, le gaz naturel est une énergie alternative au diesel. Dans sa version biogaz, les émissions de CO2 sont considérablement réduites, participant ainsi à la décarbonnation des transports publics. Toutefois, la très forte augmentation du prix du gaz pourrait limiter l'intérêt de cette solution.

CRMT : du diesel vers le gaz naturel

En 2021, le CRMT a transformé un autocar Irisbus Crossway de 2009 de la société Cars Berthelet. Le moteur diesel a été remplacé par un moteur FPT (Cursor 8) fonctionnant au gaz naturel. La transmission automatique de vitesses Voith Diwa a été modifiée par son fournisseur (matériel et logiciel). Les bouteilles de gaz, installées à l'emplacement des soutes à bagages, doivent permettre d'obtenir une autonomie de 300 km. Cette transformation fait partie du projet ECOl'car, financé par l'Ademe et TotalEnergies. Iveco Bus a apporté son soutient technique.

CRMT : Crossway Gaz
Autocar Irisbus Crossway transformé pour fonctionner au gaz naturel (octobre 2022)

Ce véhicule a été présenté au salon Solutrans à Lyon en novembre 2021. Le premier véhicule devrait être exploité à partir de fin 2022.

Lyptech : rétrofit de véhicules légers

La société Lyptech a créé KMV (Kit de Motorisation Verte), un kit permettant de transformer un véhicule à motorisation diesel en motorisation hybride GNV. Le moteur est adapté par l'entreprise Faral Automotive située à Laval. Son fonctionnement est basé sur une double-injection GNV et gazole.

En octobre 2021, Transdev et Tisséo Collectivités ont annoncé soutenir cette entreprise. Deux véhicules de la flotte TPMR Toulouse, exploitant du service de transport de personnes à mobilité réduite Tisséo Mobibus, pourraient être transformés. Toutefois, à ce jour, la réglementation n'autorise pas ce type de conversion.

Synthèse

Les industriels du rétrofit privilégient les modèles les plus diffusés en France. Voici les modèles actuellement en transformation et la technologie retenue.

Véhicule Electrique Hydrogène Gaz naturel
Irisbus Crossway / RécréoGreemot
Retrofleet (en projet)
IBF H2CRMT
Iveco CrosswayRetrofleetGCK
Iveco Crossway LEpepper motion (en projet)GCK
Iveco UrbanwayGreemot
Mercedes IntouroRetrofleet (en projet)Safra
Mercedes Citaro (C1)pepper motion

Equilibre économique

L'autonomie des véhicules transformés avec des batteries est inférieure à celle des véhicules neufs car le rétrofit ne permet pas de modifier la structure du véhicule.

Moins chers que des véhicules neufs, les véhicules rétrofités sont intéressants si leur prix reste largement inférieur aux neufs et si leur durée d'utilisation est prolongée.

La date de première mise en circulation du véhicule n'est pas modifiée lors du rétrofit. Les autorités organisatrices doivent donc repousser l'âge maximal des véhicules en exploitation pour que le rétrofit soit économiquement viable. En 2022, la région Auvergne-Rhône-Alpes a augmenté de 5 ans l'âge limite pour les autocars rétrofités.

Une filière en attente de marchés publics

En France, les flottes d'autobus qui circulent sur les réseaux de transport public sont majoritairement la propriété des autorités organisatrices de la mobilité. Ce sont donc les AOM qui, à travers la commande publique, vont dicter l'évolution de la filière du rétrofit.

En mai 2022, la Métropole Rouen Normandie a publié un marché public pour rétrofiter des véhicules Crossway diesel en véhicules électriques de transport en commun (4 tranches : 1 autobus Crossway LE prototype, 28 autobus Crossway LE, 1 autocar Crossway prototype, 19 autocars Crossway).

En juillet 2022, la Régie Ligne d'Azur a publié un partenariat d'innovation pour disposer d'une solution permettant de substituer la chaine de traction thermique diesel de ses autobus à gabarit réduit de marque Heuliez (types GX127C, GX127L et GX137C) par une chaine de traction électrique alimentée par une pile à combustible fonctionnant à l'hydrogène comprimé.

En juillet 2022, la région Auvergne-Rhône-Alpes a publié un marché public sous la forme d'un dialogue compétitif pour l'acquisition de cars rétrofités hydrogène. L'accord-cadre est sans montant minimum pour une quantité maximale de 100 véhicules. Des marchés subséquents seront passés durant les 4 années maximales de l'accord-cadre.

En novembre 2022, Île-de-France mobilités a indiqué conduire une étude concernant la pertinence de rétrofiter vers l'électrique des autobus diesel-électriques qui arrivent à mi-vie et dont les batteries sont à remplacer.

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