Covid, un an de crise : quel bilan pour les transports publics ?

Article publié le par Olivier Meyer

Covid, un an de crise : quel bilan pour les transports publics ?
Masque obligatoire : ce message est affiché en alternance avec la destination sur de nombreuses girouettes d'autobus
Bus

Fin février 2020, les autorités publiques ont pris les premières mesures de restriction de déplacements pour lutter contre la Covid-19. Un an après le début de la guerre sanitaire contre le coronavirus, la crise n'est pas terminée et une troisième vague du virus pourrait arriver prochainement. Toutefois, un premier bilan concernant l'impact sur les transports publics peut être dressé.

Vers une baisse durable de la fréquentation

Les habitudes de déplacements ont partiellement changé. L'augmentation du télétravail et de l'enseignement à distance, ainsi que la réduction des déplacements professionnels diminuent la demande de transport aux heures de pointe. D'autres modes de transport comme le vélo ont progressé.

Plusieurs campagnes de communication ont été réalisées pour convaincre les usagers que les transports publics ne sont pas des lieux de contamination en raison de la bonne application des gestes barrières et des moyens déployés durablement par les opérateurs.

Les protections concernent à la fois le personnel (ex : installation de vitres de séparation), mais aussi les voyageurs, avec l'obligation du port du masque, la mise à disposition de solutions hydroalcooliques et la désinfection régulière des véhicules.

Le législateur a même autorisé le recours à la vidéo intelligente pour mesurer le taux de port de masque dans les transports.

En 2021, les restrictions en place relatives aux déplacements des personnes (couvre-feu et confinements locaux), la fermeture d'une partie des centres commerciaux, des bars et restaurants, des lieux de spectacle, mais aussi l'arrêt du tourisme… continuent d'avoir un impact très fort sur la fréquentation des transports publics.

Nouveau partage de l'espace public

Dans plusieurs agglomérations, le partage de l'espace public entre modes de déplacements a été revu sur certains axes, avec une place plus importante pour les vélos. Cette nouvelle répartition de la voirie pénalise parfois la performance des lignes d'autobus. La transformation de couloirs bus en pistes cyclables diminue la vitesse commerciale des lignes de bus.

Optimiser l'offre

La fréquentation des transports en commun ayant fortement diminué, les recettes commerciales sont aussi en baisse. À Lyon, l'évolution de la fréquentation en 2020 par rapport à 2019 a été de -34,5 % et de -34,9 % pour les recettes.

Le versement mobilité acquitté par les entreprises est aussi en recul, même si les lois de finances rectificatives ont introduit plusieurs dispositifs permettant de limiter les pertes financières des autorités organisatrices de la mobilité (AOM).

Les collectivités cherchent à optimiser l'offre de transport afin qu'elle corresponde à la demande. En Île-de-France, seules les lignes de métro 7 et 13 ont conservé une offre « plein trafic », les autres appliquent un service réduit ou allégé. Depuis lundi 15 mars, plusieurs lignes de train et de RER fonctionnent avec une offre réduite. Les lignes de bus et de tramway de la RATP ont aussi une offre adaptée au cas par cas en fonction de la fréquentation, sauf pour celles qui desservent les hôpitaux.

À Bordeaux, l'offre après 18h30 du réseau TBM a été allégée à partir du 29 janvier 2021. La navette de centre-ville (Citéis 47) est carrément suspendue depuis mars 2020.

La vente de titres de transport à bord des bus par les conducteurs a repris dans certains réseaux, mais le recours aux solutions alternatives (SMS, application mobile…) est encouragé. Le coût de distribution des titres via les applications est toutefois élevé.

À Poitiers, la nouvelle grille tarifaire du réseau Vitalis favorise la recharge des titres de transport sur un support physique (tickets rechargeables ou carte VPass rechargeable).

Redonner du pouvoir d'achat et répondre aux enjeux écologiques

Dans ce contexte financier difficile, certaines collectivités souhaitent malgré tout opter pour la gratuité d'accès partielle ou totale à leur service de transport public. Les élus concernés indiquent que cette mesure est destinée à redonner du pouvoir d'achats aux habitants tout en répondant aux enjeux écologiques.

Le réseau TAN de Nantes devrait être accessible gratuitement les week-ends à partir du 24 avril. Les élus de Douaisis Agglo se sont prononcés en février en faveur de la gratuité du réseau Evéole géré par le Syndicat Mixte des Transports du Douaisis (SMTD). Les élus de la Communauté de Communes Coeur Ostrevent doivent désormais se prononcer. À Bourges, en raison du Covid, les élus ont reporté de janvier à mai l'instauration de la gratuité d'accès les week-ends au réseau Agglobus.

Des exploitants financièrement dans le rouge

Les exploitants de services de transport public ont été principalement touchés par la baisse des recettes commerciales. Les groupes de transport viennent de publier leurs résultats financiers pour l'année 2020. Keolis annonce un résultat net de -101 millions d'euros. Transdev a communiqué un résultat net part du groupe de -109 millions d'euros. Le groupe RATP affiche un résultat net de -134 M€.

Un secteur qui embauche toujours

Le secteur du transport routier de voyageurs continue néanmoins de recruter. En Gironde, Keolis a ouvert un centre de formation d'apprentis qui vient d'accueillir de futurs conducteurs.

Accompagner la politique sanitaire

L'espoir du retour à une situation normale passe par la vaccination.

Les transports publics apportent aussi leur soutien à la campagne de vaccination, soit en proposant des services de transport à la demande vers les centres de santé ou bien en venant directement au plus près des populations avec des bus aménagés en centre mobile de vaccination. Transdev a lancé des Vacci'Bus pour le compte des collectivités locales à Reims, Libourne ou encore à Mulhouse.

Les chantiers de construction d'infrastructures de transport public, comme le Grand Paris Express ou la création de nouvelles lignes de tramway ne semblent pas menacés. Certains projets devraient bénéficier du plan de relance.

L'utilité sociale et environnementale des transports publics reste intacte. Les enjeux concernant la transition énergétique, la politique tarifaire ou le développement de nouveaux modes de transports restent d'actualité pour préparer le monde d'après. Ces sujets seront évoqués en septembre prochain lors des Rencontres nationales du transport public (RNTP) à Toulouse… si les conditions sanitaires le permettent !

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